juin 17

Toutes blessent, la dernière tue … Lorsqu’on vous retire votre identité, que reste-t-il ?

     Véritable coup de poing à la figure, le livre de Karine Giébel est aussi pour moi un triste témoignage d’une réalité encore bien présente aujourd’hui, mais dont on ne parle pourtant pas assez : l’esclavage domestique…

Nous suivons ici l’histoire de Tama, petite marocaine de 7 ans, dont l’innocence se trouve trop tôt arrachée, le jour où, suite au décès de sa maman, elle se voit envoyée à Paris pour travailler auprès des Charandon. Elle qui rêvait se découvrir la ville Lumière, ne connaîtra que les ténèbres; qui pensait trouver le Paradis, vivra au contraire un véritable enfer; qui voulait se faire de nouveaux amis, n’aura comme seul compagnon que la solitude… 

Aussi longtemps qu’il s’en souvienne Gabriel a lui aussi toujours vécu dans la solitude. Et cela convient parfaitement… Son existence va cependant se trouver bouleversée le jour où un inconnue  blessée et amnésique vient trouver refuge chez celui-ci. Pour cet ancien flic devenu tueur à gage,  l’éliminer devrait être facile, pourtant quelque chose l’en empêche… 

J’ai tout au long de ma lecture vécu ou plutôt tenté de survivre avec Tama, supporté ses malheurs, pleuré avec elle, et enduré chacune des injustices dont elle a fait l’objet. Plus d’une fois ne me suis-je pas insurgée contre la cruauté et la monstruosité de ses tortionnaires, méritant à mon avis les pires des punitions. Le réalisme et la brutalité, à la limite du voyeurisme, des scènes de torture physiques et psychologiques subites par Tama m’ont parfois mises mal à l’aise…  Aucun détail n’est épargné, et nous spectateur impuissant ne pouvons strictement rien faire à part continuer notre lecture et prier pour que la vie sourisse enfin à notre héroïne…  Je n’ai jamais autant éprouvée autant d’empathie pour un personnage fictif… et je pense que c’est bien la première fois que j’ai vraiment détesté, je dirais même haï les différents bourreaux de ce roman, leur souhaitant à tous les pires des fins possibles… 

C’est aussi beaucoup d’empathie et de peine que j’ai partagé à l’égard de Gabriel… On apprend en effet que derrière sa façade de dureté et de froideur se cache en réalité une âme torturée, rongée par la haine, la culpabilité et l’incompréhension… Sa rencontre avec la mystérieuse amnésique, ne cessant le lui rappeler un passé refoulé, pourrait d’ailleurs constituer le premier pas vers sa rédemption… 

J’ai dévoré, non, avalé le pavé (600 pages quand même) de Karine Giébel en à peine deux nuits (bonjour les cernes)…Autant dire que son roman était tout simplement I.N.D.E.C.R.O.C.H.A.B.L.E … Par une écriture simple, directe et parfois même très crue- mais témoignant aussi d’un réel travail titanesque- elle a su instiller une forme de dépendance vis à vis de son histoire et surtout de ses héros. La fin d’un chapitre donnant tout de suite envie de passer au suivant jusqu’à son épilogue … Final éclatant, plus que magistral témoignant pour moi du talent de cette grande dame du polar français, qui vient d’ailleurs d’accueillir une nouvelle lectrice … 


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Ecrit juin 17, 2018 par Maddie dans la catégorie "Lecture

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